Noms des molécules

Qu’est-ce que l’énicépatide ?

L’énicépatide, auparavant appelé CT-388, est l’injection hebdomadaire expérimentale GLP-1 (peptide-1 apparenté au glucagon)/GIP de Roche pour la gestion du poids. Des essais de phase 3 sont en cours, mais il n’existe aucune date d’autorisation ou de sortie confirmée.

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Points clés

  • Énicépatide, CT-388 et RO7795068 désignent la même molécule, que Roche a acquise avec Carmot Therapeutics dans le cadre d'une opération de 2,7 milliards de dollars en décembre 2023.
  • Le résultat phare de la phase 2 est une perte de poids supérieure de 22,5 points de pourcentage à celle du placebo à 48 semaines selon l'estimande d'efficacité, sans plateau atteint.
  • À la dose de 24 mg, 54 % des participants ont terminé l'essai sous le seuil d'IMC de l'obésité, contre 13 % sous placebo.
  • ENITH-1 et ENITH-2 ont débuté en mars 2026 ; leurs dates estimées de fin de collecte principale se situent en 2028.
  • Dans un second essai de phase 2 chez des personnes atteintes de diabète de type 2, la dose de 24 mg a abaissé l'HbA1c de 2,65 points à partir d'une valeur initiale de 8,1 % et le poids corporel de 15,5 % à 48 semaines.
  • Roche vise un dépôt réglementaire en 2028 ; ce n'est pas une date d'autorisation.

L’énicépatide n’a pas été développé en interne chez Roche. C’était l’actif principal de Carmot Therapeutics, une biotech californienne, sous le code CT-388. Roche a accepté de racheter Carmot le 4 décembre 2023 pour 2,7 milliards de dollars versés d’emblée plus jusqu’à 400 millions de dollars de paiements d’étape, récupérant dans la même opération deux autres candidats incrétines et une plateforme de découverte (annonce de l’acquisition). Roche l’a ensuite classé comme actif prioritaire et a resserré le calendrier de développement habituel : la phase 2 a livré ses résultats en janvier 2026 et la phase 3 a débuté deux mois plus tard (annonce de la phase 2).

Cet historique explique les trois noms. CT-388 est le code de Carmot et figure toujours dans les registres d’essais. RO7795068 est le code interne de Roche. Énicépatide est la dénomination commune adoptée par Roche en 2026. ENITH est le nom du programme de phase 3, pas une marque (registre ENITH-1).

L’énicépatide est un peptide administré par injection hebdomadaire sous la peau. Il active les récepteurs du GLP-1 et du GIP, le même couple que cible le tirzépatide, dans le but de réduire l’appétit et d’améliorer le contrôle glycémique (présentation du mécanisme par Roche). C’est une molécule distincte du tirzépatide, bien qu’elle partage la même classe de récepteurs.

Ce qui le distingue, selon Roche, est la façon dont il active ces récepteurs. Il a été conçu pour une forte signalisation par l’AMPc avec un recrutement de la bêta-arrestine minimal, voire nul, ce que la société décrit comme un agonisme à signalisation biaisée. Un article revu par les pairs dans Molecular Metabolism a rapporté que cette conception limite l’internalisation du récepteur dans des expériences en laboratoire : le récepteur reste à la surface de la cellule au lieu d’être internalisé après activation. L’hypothèse est que cela prolonge l’effet du médicament. Un mécanisme de laboratoire ne prouve pas à lui seul de meilleurs résultats cliniques ; les données d’essais ci-dessous pèsent donc plus lourd que le récit de conception.

Avant le programme de phase 2, Roche a présenté une cohorte de phase 1b de 24 semaines chez des adultes atteints d’obésité, par ailleurs en bonne santé. Le CT-388 hebdomadaire a entraîné une perte de poids moyenne ajustée sur le placebo de 18,8 %. Chaque participant traité a perdu plus de 5 % de son poids corporel, 70 % plus de 15 % et 45 % plus de 20 %. Tous les participants présentant un prédiabète au départ avaient une glycémie normale à la semaine 24 (résultats de phase 1b de mai 2024).

Ces chiffres provenaient d’une étude petite et courte chez des personnes sans diabète : ils servaient à justifier la phase 2 plutôt qu’à prédire ce qu’observerait une population large. Ils montrent en revanche pourquoi Roche a payé le prix qu’il a payé.

CT388-103, enregistré sous NCT06525935, était un essai de recherche de dose randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo, mené chez 469 adultes sans diabète de type 2, atteints d’obésité ou en surpoids avec au moins une affection liée au poids. Cinq cohortes actives utilisaient des schémas d’augmentation de dose différents, 24 mg étant la dose cible la plus élevée. Le critère principal était la variation en pourcentage du poids corporel à 48 semaines (annonce de janvier 2026).

Énicépatide : perte de poids moyenne à 48 semainesPhase 2 CT388-103 · groupe à la dose la plus élevée contre placebo
Énicépatide 24 mg
Bras de recherche, injection hebdomadaire
22,7 %
Placebo
Bras de recherche placebo
0,2 %

Adultes sans diabète de type 2, atteints d'obésité ou en surpoids avec une affection liée au poids. Estimande d'efficacité.

L'écart selon l'estimande d'efficacité était de 22,5 points de pourcentage ; selon l'estimande de régime de traitement, de 18,3 points de pourcentage. La dose identifie un bras de recherche, pas une recommandation de prescription.

Source : Présentation de Roche à l'ADA, juin 2026

L’estimande d’efficacité estime les résultats sous des hypothèses d’observance du traitement ; l’estimande de régime de traitement tient compte des arrêts et des événements associés. « Ajusté sur le placebo » désigne l’écart entre les groupes. Deux autres détails de l’annonce de Roche comptent davantage que le chiffre phare :

  • La perte de poids n’avait pas atteint de plateau à 48 semaines. La courbe descendait encore à la fin de l’essai. Les essais de phase 3 mesurent leur critère principal à 72 semaines (registre ENITH-1).
  • La réponse était large, et non portée par quelques valeurs extrêmes. À 24 mg, 95,7 % des participants ont perdu au moins 5 %, 87 % au moins 10 %, 47,8 % au moins 20 % et 26,1 % au moins 30 %. Plus de la moitié, 54 %, ont terminé sous un IMC de 30, contre 13 % sous placebo. Parmi les personnes présentant un prédiabète au départ, 73 % avaient une glycémie normale à la semaine 48, contre 7,5 % sous placebo (annonce de la phase 2).

Roche a aussi décrit une relation dose-réponse nette entre les cinq cohortes, ce qui appuie l’idée d’un effet réel plutôt que d’une particularité d’un seul bras.

L’annonce de phase 2 de Roche a fait état principalement d’événements indésirables gastro-intestinaux légers à modérés, le profil attendu pour la classe des incrétines. Les arrêts de traitement pour événements indésirables ont concerné 5,9 % sur l’ensemble des bras CT-388, contre 1,3 % sous placebo. Le chiffre du traitement actif est regroupé sur toutes les doses ; il ne s’agit pas d’un taux d’effets secondaires propre au groupe à la dose la plus élevée (synthèse de sécurité de janvier).

La présentation complète à l’ADA a donné les taux par dose. Les effets secondaires gastro-intestinaux augmentaient avec la dose : à 24 mg, 46 % des participants ont rapporté des nausées, 32 % une diarrhée, 24 % une constipation et 21 % des vomissements, contre 19 %, 10 %, 8 % et 0 % sous placebo. Des événements indésirables graves sont survenus chez 5 % du groupe 24 mg et chez aucun participant du groupe placebo (présentation de Roche à l’ADA).

Roche qualifie de faible le taux d’arrêt de 5,9 %, mais il n’existe aucune comparaison en face-à-face avec d’autres médicaments, et les chiffres par dose montrent que nausées et vomissements étaient fréquents à la dose maximale. Savoir si cela se confirme dans une population de phase 3 plus large et moins sélectionnée est l’une des principales questions ouvertes.

Les deux études pivots répartissent les participants selon la présence ou non d’un diabète :

Essai Population Effectif prévu Début effectif Fin de collecte principale estimée
ENITH-1, NCT07351045 Obésité ou surpoids sans diabète de type 2 2 000 16 mars 2026 24 juillet 2028
ENITH-2, NCT07351058 Obésité ou surpoids avec diabète de type 2 1 600 23 mars 2026 7 août 2028

Un troisième essai de phase 3, plus petit (NCT07670416), a débuté le 3 juillet 2026 chez environ 300 adultes chinois atteints d’obésité ou en surpoids, avec ou sans diabète de type 2. Son critère principal est la variation du poids à 52 semaines, avec une fin de collecte principale estimée au 24 février 2028.

Résultats de phase 2 dans le diabète de type 2

Une étude de phase 2 distincte, CT-388-104 (NCT06628362), a testé l’énicépatide chez 447 adultes atteints d’obésité ou en surpoids et également de diabète de type 2. Roche a publié les résultats principaux (topline) le 22 septembre 2026. À 48 semaines, l’HbA1c du groupe 24 mg a baissé de 2,65 points de pourcentage à partir d’une valeur initiale de 8,1 %, 90 % de ce groupe ont atteint une HbA1c de 6,5 % ou moins et 62 % sont passés sous 5,7 %. La perte de poids moyenne dans ce groupe était de 15,5 %, là encore sans plateau net. Les arrêts de traitement pour événements indésirables étaient de 2,0 % sur l’ensemble des bras énicépatide, contre 0,0 % sous placebo. Il s’agit de variations par rapport à l’inclusion issues d’un communiqué de résultats principaux ; les écarts ajustés sur le placebo et les données complètes n’ont pas encore été publiés. Roche prévoit de lancer un programme de phase 3 sur le contrôle glycémique et des essais de morbi-mortalité cardiovasculaire au premier semestre 2027 (annonce de septembre 2026).

Il n’existe aucune date de sortie confirmée pour l’énicépatide au 15 octobre 2026. Roche situe un éventuel dépôt réglementaire en 2028 dans sa présentation du portefeuille d’avril, et a maintenu ce calendrier dans sa présentation semestrielle de juillet. Il s’agit d’une prévision de l’entreprise, conditionnée à l’avancement du développement, et non d’une échéance d’autorisation fixée par une autorité (présentation du portefeuille de Roche, avril 2026 ; présentation semestrielle de Roche, juillet 2026).

L’essai de phase 2 de l’énicépatide utilisait un placebo ; il ne comparait pas directement l’énicépatide au sémaglutide, au tirzépatide ou à d’autres doubles agonistes GLP-1/GIP en essais avancés comme le ribupatide et le VK2735 (registre VANQUISH 1). Des résultats d’essais distincts ne permettent pas d’établir quel médicament est le plus efficace, car les populations, les durées et les méthodes d’analyse diffèrent.

Selon Roche, l’énicépatide compte autant pour ce à quoi il peut être associé que pour ce qu’il fait seul. Le pétrélintide, l’analogue de l’amyline que Roche développe en partenariat avec Zealand Pharma, a été conçu pour être coformulé avec d’autres peptides. L’essai de phase 2 multibras de Roche associant les deux, ZYNERGY (NCT07589686), prévoit environ 486 participants avec un critère principal à 40 semaines ; lors de sa mise à jour au registre de septembre 2026, il ne recrutait pas encore, avec un début estimé au 30 septembre 2026. Le raisonnement est que les médicaments de l’amyline et des incrétines réduisent l’appétit par des voies différentes : une association pourrait donc accroître la perte de poids ou permettre des doses plus faibles de chacun (point sur le portefeuille de Roche). Cette association est un programme distinct avec son propre calendrier, et aucun de ses résultats n’existe encore.

  • L'énicépatide est-il la même chose que le CT-388 ?

    Oui. CT-388 était le code de Carmot Therapeutics, RO7795068 est le code interne de Roche, et énicépatide est la dénomination commune adoptée en 2026. Les registres d'essais et les articles plus anciens utilisent encore CT-388.

  • Quand l'énicépatide sera-t-il disponible ?

    Il n'existe aucune date de lancement confirmée. Roche indique un dépôt visé en 2028, suivi d'un examen réglementaire si la demande aboutit. Les deux principaux essais de phase 3 ne doivent publier leurs résultats principaux qu'à la mi-2028 ; un essai de phase 3 plus petit en Chine a une fin de collecte principale estimée à février 2028.

  • Quelle perte de poids le CT-388 a-t-il entraînée ?

    À 48 semaines, le groupe de phase 2 à la dose la plus élevée a présenté une perte de poids moyenne de 22,7 % contre 0,2 % sous placebo selon l'estimande d'efficacité. En comptant les personnes ayant arrêté le traitement, l'écart ajusté sur le placebo était de 18,3 points de pourcentage. Environ un participant sur quatre sous 24 mg a perdu 30 % ou plus.

  • L'énicépatide aide-t-il la glycémie ?

    Dans l'essai de phase 2, 73 % des participants qui présentaient un prédiabète au départ avaient une glycémie normale à la semaine 48, contre 7,5 % sous placebo. Dans une étude de phase 2 distincte, CT-388-104, chez des personnes déjà atteintes de diabète de type 2, la dose de 24 mg a abaissé l'HbA1c de 2,65 points de pourcentage à partir d'une valeur initiale de 8,1 % à 48 semaines, et 90 % de ce groupe ont atteint une HbA1c de 6,5 % ou moins. Roche a présenté ces chiffres comme des variations par rapport à l'inclusion, et non ajustées sur le placebo. L'essai de phase 3 ENITH-2 le teste désormais dans cette population.

  • L'énicépatide est-il meilleur que le tirzépatide ?

    On l'ignore. L'étude de phase 2 a comparé l'énicépatide au placebo, pas au tirzépatide, et aucun essai en face-à-face n'a été annoncé. Tous deux sont des injections hebdomadaires GLP-1/GIP : un éventuel avantage devrait donc venir de différences comme la conception à signalisation biaisée de Roche, la tolérance ou les projets d'association, et non des récepteurs ciblés. Aucun de ces points n'a été démontré dans un essai en face-à-face.